Interview d’Akiyuki SHINBÔ sur le film Fireworks par Bandai Channel

6 septembre, 2017 dans Articles, Interviews, Japon, Site

Quelques semaines avant la sortie en salle [infopopup tag=japonaise] de Fireworks, Should We See It from the Side or the Bottom?, une interview du réalisateur en chef Akiyuki SHINBŌ a été publiée sur le site de Bandai Channel. Cette interview est assez atypique pour plusieurs raisons : non seulement il apprend aux lecteurs beaucoup de détails sur la production du film et la répartition des tâches du staff, mais il prend également le temps de discuter de la vision de SHINBŌ sur l’état actuel de l’industrie de la japanimation et de ses goûts en matière de séries et d’animes à l’époque où il était encore enfant et adolescent. Il est en effet très rare qu’on ait, dans un seul endroit/interview, autant d’avis et d’éléments personnels liés au mentor du studio SHAFT.
Ce qui suit est la traduction du japonais de la totalité de l’interview. Elle ne contient pas de spoils.

 


Creators’ Selection Vol. 45
Publié le 25 juillet [2017]
Interview du réalisateur et producteur Akiyuki SHINBŌ

 

Une série d’interviews dans laquelle les créateurs parlent de leurs œuvres. Nous avons interviewé pour cette édition Akiyuki SHINBŌ, le réalisateur du film Fireworks qui sort le 18 août 2017 dans tous les cinémas TŌHŌ du Japon.
L’œuvre originale est un téléfilm diffusé en 1993 et projeté au cinéma [en 1995], qui a fait gagner à son réalisateur Shunji IWAI le Prix des nouveaux réalisateurs de la guilde des réalisateurs du Japon.

Il est inhabituel d’adapter une telle œuvre en film d’animation, mais le producteur de TŌHŌ Genki KAWAMURA, qui avait fait du film Your name. un hit l’an dernier, s’est chargé du planning et a désigné Akiyuki SHINBŌ au poste de réalisateur, lui-même connu pour Puella Magi Madoka☆Magica. Shunji IWAI, l’auteur original du film, ainsi qu’Hitoshi ŌNE, réalisateur des films live Moteki et Bakuman, ont quant à eux été chargés du script, formant ainsi une dream team de créateurs.
Quel est donc ce moment mystérieux que ces collégiens émotifs vont vivre au milieu de l’été ? Comment Akiyuki SHINBŌ et son studio SHAFT l’ont-ils rendu en animé ? Ce mois-ci encore, plongeons dans le monde des créateurs !

 

Cette nouvelle œuvre est un film d’animation adapté du drama TV original du réalisateur Shunji IWAI

 

– Je suppose que vous êtes à l’apogée de votre travail de production, mais qu’en est-il réellement ?
SHINBŌ :
Ceux qui en sont à l’apogée, c’est plutôt ceux qui dessinent au studio, pas moi. Comme le film sort le 18 août, je pense qu’on va persévérer et faire des changements jusqu’au dernier moment. Qu’il s’agisse de la musique ou du dessin, nous prenons le temps de tout réajuster et je pense que cela va nous permettre d’augmenter le degré de complétude de l’œuvre.

– Quelles sont vos impressions après avoir vu le film en partie complet ?
SHINBŌ : C’est très étrange, mais il y a tellement de mentions « cuts prioritaires » et « cuts que je veux voir finis au plus vite » que je n’ai pas pu le regarder jusqu’au bout (rires). Les cuts d’essai qui avaient été faits en avance ne sont pas présents. C’est très étrange, cette histoire. Il semblerait qu’à un moment, mes mots ont cessé de faire effet.

– D’ailleurs, quand est-ce que Genki KAWAMURA, producteur de TŌHŌ, vous a proposé de réaliser ce film ?
SHINBŌ : Probablement… en 2012.

– C’est aussi vieux que ça ? (rires)
SHINBŌ : Oui, ça commence à dater. À l’origine, on prévoyait de le sortir l’an dernier, mais beaucoup de choses se sont passées et on a dû reporter la sortie à cette année [2017].

– On dit que vous avez pensé à ce projet suite au grand succès de Your name.. Comme un film d’animation ne peut être produit si rapidement, je pensais bien que vous l’aviez prévu depuis longtemps, mais je ne pensais pas que ça datait d’il y a 5 ans.
SHINBŌ : C’est une œuvre qui était censée avoir été terminée l’an dernier, après tout. Pourtant, elle n’est pas encore finie. Pourquoi ? C’est un grand mystère (rires).

– Connaissiez-vous Fireworks (le film original) quand vous avez été contacté en 2012 ?
SHINBŌ :
Je le connaissais, et je crois l’avoir vu à sa sortie. Je me souviens l’avoir regardé chez des amis, mais c’était sur un enregistrement VHS, et non pendant sa diffusion TV. Lorsque j’ai accepté cette offre, j’ai donc décidé de le revoir en DVD comme il faut.

– Qu’en avez-vous pensé, en le regardant à nouveau ?
SHINBŌ :
J’ai trouvé qu’il s’en dégageait une bonne ambiance. Seulement, à partir du fait que seule une fille y figure, j’ai pensé que c’était bel et bien une œuvre pensée pour la prise de vue réelle.

– On dirait vraiment que c’est la présence de l’héroïne qui soutient l’ensemble, non ?
SHINBŌ : Ah, vous trouvez, vous aussi ? Du coup, la question qui nous a tiraillée, c’est : est-ce que ce sera vraiment possible de remplacer ça par des dessins [i.e passer d’un film live à un film d’animation] ? On se dit que l’ensemble avait cette sensation de légèreté, et que ça a pris, précisément parce que c’était cette période précise [de la vie/carrière] de l’actrice Megumi OKINA.

– Ce qui veut dire que vous avez pris le drama TV comme point de départ, et que vous avez cherché dans quelle direction partir lors de vos mises au point avec M. IWAI et le reste de l’équipe ?
SHINBŌ :
Non, pas tellement, au final. Il avait déjà été décidé que M. Hitoshi ŌNE se chargerait du script, après tout.

– C’est un réalisateur célèbre pour ses adaptations de Moteki et Bakuman, n’est-ce pas ?
SHINBŌ :
Oui, en effet. Suite à nos quelques mises au point de départ, le script qui nous est parvenu de M. ŌNE apportait un petit plus à l’œuvre originale, et il était déjà proche de sa forme actuelle. C’est ce qui m’a fait comprendre que je devais moi aussi rester fidèle à l’œuvre originale.

– Il y a deux fins au drama TV original. Pour l’adaptation en film d’animation, vous utilisez l’accroche « Une journée de vacances d’été qui se répète encore et encore », ce qui montre qu’il y a encore eu une nouvelle divergence. Ou alors, s’agit-il d’un élément qui avait été incorporé dès le début ?
SHINBŌ : C’est bien cela. Comme l’œuvre originale ne durait que 45 minutes, M. ŌNE a dû penser qu’il fallait développer plus d’éléments pour atteindre 1h30 de durée, et on a fini avec une nouvelle divergence. Aussi, l’idée d’avoir un objet comme « la boule mystérieuse » pour rendre les divergences plus compréhensibles vient de M. Shunji IWAI lui-même.
– Quelle était l’ambiance pendant vos mises au point avec M. IWAI et M. ŌNE ?
SHINBŌ :
L’ambiance était plutôt sympathique. En-dehors de l’histoire, les tangeantes qu’on a fini par prendre ont été particulièrement amusantes.

– Comment M. IWAI a-t-il participé ?
SHINBŌ :
Il nous a proposé des idées très affirmées lui aussi.

– En ayant en tête qu’il s’agissait d’une adaptation en animé ?
SHINBŌ :
Probablement, oui. Au début, il nous a proposé de créer une scène où un train roulerait sous l’eau, parmi tant d’autres.

– Il y a une scène sous l’eau dans la bande-annonce. Aviez-vous comme idée de donner une image « submergée » au film ?
SHINBŌ :
On a parlé de ça, oui. Par contre, ça date des premières lectures du script, donc je ne m’en souviens que vaguement. Au début, on s’est aussi demandé comment intégrer le fait qu’un tremblement de terre avait eu lieu.

– Ah, il y a donc bel et bien un rapport. J’avais lu que ce drama TV avait été tourné à Iioka, une ville de la préfecture de Chiba qui a subi d’importants dégâts lors du séisme du 11 mars 2011, et je me demandais si vous aviez prévu de faire démarrer l’histoire après cet événement ou non.
SHINBŌ
: On a eu par exemple l’idée d’intégrer la mémoire des victimes dans « la boule mystérieuse ». Mais j’ai trouvé ça un peu trop grave pour le faire en animé, et je l’ai donc fait retirer. Cependant, il n’est pas impossible qu’il en reste quelques traces.

– Ça apparaît très clairement dans la version roman de M. ŌNE. Des choses comme « essayer de sauver des gens pendant la catastrophe… » y sont décrites très naturellement.
SHINBŌ :
On avait aussi eu l’idée de faire se rencontrer de nombreuses personnes dans le train qui roule sous l’eau. Sur ce point, j’ai trouvé que ça faisait penser au Train de nuit dans la Voie lactée.

– C’est vrai qu’on voit ça dans le film d’animation de Gisaburō SUGII.
SHINBŌ :
Peut-être qu’à l’origine, M. IWAI avait en tête l’image du roman de Kenji MIYAZAWA. Au départ, il parlait bien de ce genre d’image fantastique. Mais quand on essaye de rendre ça en animé, on finit par devoir dessiner quelque chose de concret. Et dès qu’on le dessine, ça devient quelque chose de très artificiel. J’ai pensé qu’il vallait mieux éviter de représenter un territoire qui a été détruit de cette manière, et je l’ai donc fait enlever.

 

Une histoire de jeunesse avec une bonne ambiance

 

– Le thème principal est l’aspiration d’un été, ce qui fait très « jeune ».
SHINBŌ : Après avoir beaucoup débattu, nous en sommes arrivés à cela, oui.

 

– Aviez-vous en tête les particularités des animés, lorsque vous avez changé l’âge des protagonistes pour les faire passer d’écoliers à collégiens ?
SHINBŌ : Dans les animés, si on ne force pas le trait pour représenter des enfants tels quels, on cesse de les voir comme des écoliers. Mais dès qu’on commence à forcer le trait, il devient plus difficile d’intégrer des éléments de romance. Cela dit, quand on arrive en 3e année de collège (équivalent classe de 3e en Start-up nation), les garçons ont déjà bien grandi et on n’arrive pas à voir les filles comme plus âgées qu’eux. On a donc au final décidé de les mettre en 1e année de collège (équivalent classe de 5e en Start-up nation). À cette période, les filles font encore plus âgées que les garçons et elles sont plus grandes.

– Je me souviens que les filles grandissaient plus tôt, en effet. Sur combien de temps avez-vous fait des mises au point ?
SHINBŌ :
On en a fait pas mal. J’ai reçu l’offre en automne-hiver 2012, et on s’est vu presque en continu au cours de 2013, donc je dirais sur une longue période de pas loin d’un an. Sur la seconde moitié, j’ai fait venir Nobuyuki TAKEUCHI, l’actuel réalisateur, et je rassemblais ses idées pour les dessins. Le phare, entre autres, est devenu quelque chose d’impressionnant suite à ce que M. TAKEUCHI ait dit vouloir mettre l’accent dessus.

– Désolé de vous demander ça de nulle part, mais que pensiez-vous du réalisateur Shunji IWAI en tant qu’auteur ?
SHINBŌ :
Je l’ai trouvé impressionnant, oui…

– Aviez-vous déjà vu ses films ?
SHINBŌ :
Comme je ne regarde pas beaucoup de films, je n’ai pas tout vu, mais j’ai Hana and Alice chez moi. Ça, et son film sur Kon ICHIKAWA…

– Ah, vous parlez de son documentaire sur Kon ICHIKAWA (The Kon Ichikawa Story, sorti en 2006).
SHINBŌ :
Oui. Je l’ai acheté sans savoir que c’était M. IWAI qui l’avait réalisé. Je l’ai appris plus tard.

– Lorsqu’on parle d’animé, vous êtes souvent comparé à M. IWAI.
SHINBŌ :
C’est vrai. Après l’avoir rencontré, il se trouve qu’il est originaire de Miyagi et il a gardé une partie de son dialecte du Tōhoku. J’ai ressenti une certaine affinité : je viens aussi de Fukushima.

 

– Le drama TV original est intéressant en ce qu’il montre certains endroits des villes de province où les vieux paysages du Japon ont été préservés. Que pensez-vous de votre association avec un réalisateur de films en prise de vue réelle ?
SHINBŌ :
Je croyais que les réalisateurs de film étaient plus « violents », plus tyranniques que ça. Mais apparemment, je m’étais trompé (rires).

– Que voulez-vous dire par là ? (rires)
SHINBŌ :
Je pensais plutôt à quelqu’un qui crie violemment sur ses acteurs et son staff, dans ce genre-là. Mais M. IWAI n’était pas du tout comme ça, et c’est tant mieux.

– M. IWAI a lui-même réalisé un film d’animation intitulé Hana et Alice mènent l’enquête, utilisant la technique de la rotoscopie.
SHINBŌ :
Pendant nos mises au point, je lui ai demandé de me montrer son carnet de croquis, et j’ai été très surpris de son talent en dessin. Il écrit des romans, compose des morceaux et dessine bien, c’est quelqu’un de très talentueux. Apparemment, quand il est en tournage et qu’il a un peu de temps libre, il fait des croquis de visages. Et ça d’un seul coup, sans faire de brouillon.

– Sur ce plan, M. IWAI vous a-t-il fourni quelque chose du genre d’une planche à dessins pour l’animé ?
SHINBŌ :
Non. Au début, je me demanderais comment ça se passerait, avec deux réalisateurs de films en prise de vue réelle et un réalisateur d’animé, mais nous n’avons jamais eu de dispute et tout s’est bien déroulé.
– On entend dire que M. IWAI et M. ŌNE vous respectent pour votre travail sur Puella Magi Madoka☆Magica, mais qu’en est-il vraiment ?
SHINBŌ :
Ça, je n’en ai pas vraiment eu conscience. Nos discussions se sont déroulées normalement, sans accrocs. On s’amusait bien, à discuter tout en buvant de l’alcool entre gens qui aiment le visuel.

– Avez-vous commencé par développer le scénario, comme dans toutes les mises au point de nos jours ?
SHINBŌ :
Oui. On donnait notre opinion sur le script que M. ŌNE nous avait donné, on attendait qu’il nous réponde puis il y apportait des corrections, et on a répété ce processus maintes fois. Comme je ne savais pas quelles étaient les différences avec une lecture de script d’animé, j’étais un peu perdu. Pour les animés, on corrige étape par étape, on accumule un deuxième puis un troisième script, et enfin on fixe le script définitif, mais pour cette fois, j’ai travaillé sans vraiment savoir quand le script définitif serait fixé.

– Ah bon ?
SHINBŌ :
J’ai l’impression qu’on l’a fixé quand nos discussions ont commencé à aboutir.

 

Une histoire qui rapproche le spectateur vers la jeune fille

 

– Vous qui êtes réalisateur, y a-t-il eu des points que vous avez désigné comme importants pour l’animé ?
SHINBŌ :
Oui, surtout en ce qui concerne l’héroïne, Nazuna. Enfin, c’est sur son character design que je voulais qu’on se concentre, mais pour cette fois, le producteur (Genki KAWAMURA) nous a dit de laisser M. Akio WATANABE s’en charger. De notre côté, ça nous a laissés un peu dubitatifs.

– Pourquoi ça ?
SHINBŌ :
Parce que M. WATANABE est très occupé. Mais bon, on nous a dit « à tout prix », donc on lui a demandé.

– À l’opposé de la série des Monogatari et Madoka☆Magica, vous faites quelque chose d’un goût un peu plus conventionnel cette fois.
SHINBŌ :
Comme il s’agit d’une œuvre plus généraliste cette fois, j’ai pensé que le film n’aurait pas de succès si on ne le rendait pas dans une certaine mesure normal. En ce sens, on a eu raison de laisser principalement M. TAKEUCHI s’en charger. Il travaillait aussi comme animateur-clé chez Ghibli, je pense donc qu’on s’en est tiré avec un résultat plutôt normal pour cette fois.

– Cela dit, d’un autre côté, beaucoup de personnes s’attendent à une œuvre de SHAFT. Certains se demandent quelles techniques vous allez utiliser, par exemple.
SHINBŌ : À ce sujet-là, on peut parler du design de décor. C’est M. TAKEUCHI qui s’en charge pour la série Monogatari également. Avant ça, c’est également lui qui s’en était chargé pour Tsukuyomi -Moon Phase- (image de droite), et il s’en dégage la même vision du monde que celle qu’il avait pour ces œuvres. Il est possible qu’il reste un peu de côtés SHAFTiens au film, comme l’agencement du décor ou les escaliers en colimaçon. C’est quelque chose qu’on veut avoir tout le temps, après tout.

– Le réalisateur avait aussi en partie l’intention de faire des transitions d’environnement.
SHINBŌ :
Oui. Pour cette fois, c’est M. TAKEUCHI lui-même qui nous a proposé de faire telle école, tel environnement en premier. Personellement, comme c’était M. Akio WATANABE qui était à la charge du design des personnages, je pensais rendre le dessin un peu plus manga au fur et à mesure qu’on se rapprochait de « l’autre monde ». Cependant, on n’a pas pu le caler dans le planning, et on a donc dû abandonner.

– Faire changer le monde d’aspect à travers des styles différents, c’est quelque chose qu’on ne peut faire qu’en animation, n’est-ce pas ?
SHINBŌ : En effet. C’est bel et bien le héros Norimichi qui lance la « boule mystérieuse », mais peu à peu, je me demande si ce n’est pas dans « le monde de Nazuna » plutôt que celui de Norimichi dans lequel on plonge. Plus il la lance, plus on est… pour faire simple, plus on plonge dans « le monde maternel de la jeune fille ». Enfin, c’est comme ça qu’on a voulu faire. Changer de monde lorsque Norimichi lance la valise de Nazuna, ça ne nous est pas vraiment venu à l’idée. En revanche, j’ai pensé que mettre des visuels du monde laissant transparaître les tendances de Nazuna rendrait le tout plus compréhensible. C’est juste qu’il y a beaucoup de points difficiles…

– C’est votre premier film d’animation non lié à une série TV animée, qu’en pensez-vous ?
SHINBŌ :
Je n’en pense pas grand-chose. Juste qu’on nous laisse beaucoup de temps pour le faire.

– On dit souvent qu’il y a un « flux du temps spécifique aux films ».
SHINBŌ :
Je pense bien qu’il y a une différence avec le reste, mais pour tout vous dire, je ne saisis pas bien la différence entre la qualité d’un film d’animation et la qualité d’une série TV animée. Ces derniers temps, la qualité des séries TV s’est améliorée, et il y a même des moments où je me dis « ça, ça fait très film ».

– Il est vrai que tous les programmes sur télévision numérique sont diffusés en qualité HD.
SHINBŌ :
Oui. Je ne vois pas ce qui fait que telle chose est un film et autre chose une série TV. C’est une question de durée du programme, mais je ne saisis pas vraiment. C’est ainsi depuis toujours : avant, je ne saisissais pas la différence entre une série TV et un OAV. Un budget plus conséquent, savoir sur quoi s’appliquer davantage, etc… Même chose pour les films : je ne vois pas ce qui les différencie du reste. Tout ce que je sais, c’est que la TV, ça se regarde quand on est tout seul, mais un film, ça se regarde avec d’autres gens, et si une scène embarrassante apparaît à l’écran, ça repoussera tout le monde. C’est peut-être que les films rendent plus mal à l’aise.

– Ah, je crois comprendre.
SHINBŌ :
C’est certainement l’inverse d’antan. Dans le temps, quand une scène érotique commençait à la TV, j’étais mal à l’aise à cause de mes parents qui me regardaient à côté, mais j’allais au cinéma seul, donc là, ça ne me dérangeait pas. Mais maintenant, la télévision est quelque chose que l’on regarde seul, et les films quelque chose qu’on va voir à plusieurs. Le phénomène s’est inversé.

– Vous soulevez un point intéressant. De plus, c’est encore pire si on va voir un film entre amis.
SHINBŌ : Tout à fait. C’est pour ça qu’au moment de monter le premier film Madoka, j’ai trouvé que la scène de la série TV où Homura et Madoka parlent nues dans l’espace mettait mal à l’aise, et j’ai donc rajouté des couleurs à la place. Notre génération a été très influencée par M. Yoshiyuki TOMINO, en particulier grâce à l’impact de son œuvre Space Runaway Ideon (1980, image de droite) qui a une emprunte très marquée. C’est pour ça qu’au début, je me suis dit « elles sont dans l’espace, donc elles doivent être nues » sans aucun malaise et sans me poser aucune question (rires). Mais au moment du film, je me suis bien dit que ça ne passerait pas.

– N’y a-t-il pas eu des personnes qui se sont plaintes de ne pas les voir nues ?
SHINBŌ :
Je ne pense pas (rires). Dans le cas où un enfant serait allé voir le film avec ses parents, je pense qu’il se serait senti mal à l’aise. Enfin, la nudité aurait pu le gêner au point de ne plus bien entendre les répliques des personnages, et ce n’est pas ce qu’on veut. Vraiment, la télévision est devenue quelque chose de personnel/individuel.

 

Faire des photos et de l’animation CGI pour augmenter le degré de complétude

 

– Après la finalisation du scénario, qu’avez-vous fait pour les dessins et l’environnement de travail ?
SHINBŌ :
À partir de là, c’est M. TAKEUCHI qui s’est chargé de la réalisation.

– Vous avez l’air de préférer déléguer aux autres, M. SHINBŌ.
SHINBŌ :
En effet. Pour ce qui est de l’animation, c’est plutôt de leur côté que le travail est fait.

– En tant que réalisateur, sur quoi avez-vous mis la priorité pour l’environnement de travail ?
SHINBŌ :
Si je ne devais citer qu’une seule chose, ce serait le fait de rassembler des gens capables de dessiner des personnages dans le style d’Akio WATANABE. C’est une tâche plutôt difficile. Bien entendu, on avait une feuille avec ses designs, mais quand ce n’est pas l’intéressé qui dessine lui-même, il est assez délicat d’en laisser ressortir le même style. J’ai pensé que la tâche serait plus ardue si on ne rassemblait pas le plus de gens proches de M. WATANABE, ou encore le plus de gens ayant de l’expérience.

– Cela signifie-t-il que dans ce film, la priorité est mise sur l’héroïne, Nazuna ?
SHINBŌ : Bien entendu. Cependant, après avoir vu la version mise en couleur des personnages, j’ai trouvé que les personnages garçons tels que Norimichi étaient étonnamment bien faits. Je pense qu’au final, on a trouvé le bon équilibre pour le design des personnages. Comme c’est du staff qui n’a cessé de travailler sur la série Monogatari que l’on parle, j’ai foi en eux.
– Pour dessiner l’environnement, êtez-vous allé sur les lieux de tournage ?
SHINBŌ :
Apparemment, le staff est allé à Chiba, mais personnellement, je n’y ai pas participé. Ils ont dû travailler sur la base des photos qu’ils ont pris là-bas.

– Lors du rush, vous aviez beaucoup de photos de vélos.
SHINBŌ : Oui, on a fait les dessins en se basant dessus. Comme c’était une tête qu’on connaissait qui était sur le vélo, on a eu beaucoup de mal à se motiver (rires). De nos jours, il est facile de faire de la rotoscopie. Certains animateurs ont pu insérer les photos-référence dans leur programme et dessiner par-dessus, c’est vraiment pratique. Je pense qu’il serait bien d’avoir la possibilité de fusionner photos et dessins dans le futur. Dans les moments où l’animation ne suffit pas, on pourrait utiliser la rotoscopie ou l’image de synthèse pour compenser. Mais je pense qu’il faut que les applications permettent de rendre un effet « dessiné à la main ». Pour les images en longueur et les petits détails, on peut laisser l’image de synthèse s’en charger, en particulier dans le cas d’un rendu sur grand écran comme pour les films. Je pense qu’il faut utiliser chacun de ces outils pour chaque but désormais.

– Vous êtes animateur à l’origine, votre préférence porte-t-elle plutôt sur l’animation à la main ?
SHINBŌ :
Ce serait me faire trop d’honneur que de dire que je suis animateur à l’origine. En revanche, en ce qui concerne l’animation, on manque encore de personnes capables de dessiner. En prenant cela en considération, on se trouve dans l’obligation d’animer en images de synthèse. Notre génération se dit que le dessin fait main a plus de saveur, mais les jeunes d’aujourd’hui ont grandi en regardant de l’animation 3D, surtout dans les jeux vidéo. Cette nouvelle génération doit se demander où est le problème dans le fait de faire de l’animation 3D. Cela dit, je pense toujours préférer l’animation à la main.

– La série Monogatari a une direction très stylée et c’est ce qui rend le dessin important, mais il est difficile de tout prendre en considération. De plus, nous sommes en pleine période de transition.
SHINBŌ :
Personnellement, je trouve cette période de transition assez longue. Je pense qu’il va être difficile d’arriver à une conclusion. Il y a un gros problème de différence des goûts, et les gens capables de juger, en somme les gens qui acquièrent des supports vidéo, arrêtent progressivement d’en acheter. Si quelque chose se vend bien, on pourrait se dire que c’est parce que les gens capables de juger en veulent plus, mais ce n’est pas ça. Si désormais on ne peut plus faire de bénéfice qu’à travers les services de vidéo à la demande, en particulier les services étrangers, il faudra savoir ce que ce public étranger apprécie ou n’apprécie pas. Et on ne sait absolument pas. J’ai donc l’impression qu’on va nager dans la confusion pendant un bon moment.

– Qui s’est chargé du storyboard pour ce film ?
SHINBŌ :
Il s’agit de M. TAKEUCHI. J’ai effectué quelques vérifications, mais je lui ai demandé de refaire si peu qu’on ne peut pas spécialiement dire que je l’aie corrigé.

– À quoi avez-vous fait attention pendant vos vérifications ?
SHINBŌ :
Les personnages filles, principalement. Comme les garçons avaient déjà l’air de bien bouger, je voulais laisser un sentiment de malaise sur les filles. M. TAKEUCHI travaille aussi sur les storyboards de la série Monogatari, en ce sens, c’est un storyboard qui fait très SHAFT.

– Il y a un moment où vous utilisez les mêmes plans que le drama TV original.
SHINBŌ :
Oui, il y a un passage où on a imité l’œuvre originale, y compris dans la répartition des cuts. Ce passage est très marquant. C’est à partir de là que les choses deviennent intéressantes, j’ai l’impression. M. TAKEUCHI est un fan de l’œuvre originale et on avait aussi beaucoup d’autres fans parmi le staff chargé de l’animation, ils ont donc bien synchronisé même les moments où les personnages parlent. Ils avaient l’air très enthousiastes, je les ai donc laissé faire (rires).

 

Les programmes TV qu’il a vu dans sa ville de campagne pauvre en informations

 

– Précédemment, vous avez mentionné avoir eu des moments de gêne devant certaines œuvres. Et Fireworks nous présente des élèves en train de grandir, passant de l’école primaire au collège, ainsi qu’une histoire un peu embarrassante. Comment avez-vous traité cela ?
SHINBŌ :
On s’est dit que ce genre de chose pouvait arriver.
– Votre travail sur ce film vous a-t-il rappelé vos expériences de jeunesse ?
SHINBŌ :
Pas tellement. Il n’y avait pas de fille dont j’étais amoureux, en plus. Si je devais choisir quelque chose, ce serait le sentiment de vouloir fuguer, que je peux comprendre. Je vivais dans une région où dès que je faisais une bêtise, tout le monde dans les environs était immédiatement mis au courant, ce qui explique pourquoi j’ai voulu partir très tôt.

– Vous viviez dans quel coin de la préfecture de Fukushima ?
SHINBŌ :
Je vivais un peu plus loin que la ville de Fukushima, dans une ville de campagne où il n’y avait rien. Il n’y avait pas de librairie, et la papeterie ne proposait que des hebdomadaires. J’ai été élevé dans ce coin où il y avait à peine dix livres reliés.

– Ce qui veut dire que vous n’aviez pas beaucoup de chaînes TV non plus ?
SHINBŌ :
Il n’y avait qu’une chaîne privée, ainsi que les chaînes généraliste et éducative de NHK, ce qui donnait un total de 3 chaînes. Quand je suis passé du CM1 au CM2, une deuxième chaîne privée a commencé à être diffusée.

– Dans ce cas, quelle était la situation au niveau des réseaux de diffusion ?
SHINBŌ : Au début, c’est le réseau TBS qui était le plus fort, il me semble, vu qu’ils diffusaient Ultraman (1966). Mais j’avais accès à beaucoup moins de programmes que le reste des gens. Même si je voyais une publicité indiquant le début d’un nouveau programme dans un magazine, je me disais qu’il ne serait pas diffusé là où j’habitais, et c’était vraiment dur. Spectreman (1971), que je voulais voir plus que tout, n’a même pas été diffusé.

– Ce qui veut dire que le réseau CX, Fuji TV ne diffusait pas non plus.
SHINBŌ :
Oui, le signal de la huitième était particulièrement faible chez moi, à cette époque.

– C’est pourtant Fuji TV qui a diffusé Astro Boy (1963), ce qui lui a conféré le statut de royaume de l’animation.
SHINBŌ :
En revanche, la diffusion de Mazinger Z (1972) avait lieu 30 minutes plus tôt que dans le reste du pays, à 6h30. Mais à un moment, ils ne l’ont pas diffusé une semaine, et il a donc fini par être diffusé avec une semaine de retard.

– (Rires à gorge déployée)
SHINBŌ :
Ils devaient avoir une raison que seuls les adultes pouvaient comprendre. Gatchaman (1972) n’a pas été diffusé pendant sa production, mais une fois entré au collège, j’ai pu le voir pendant les rediffusions.
À l’époque de la première diffusion, je me souviens avoir été frustré de ne pas pouvoir regarder ces héros à la TV après les avoir vus en dessin sur la jaquette du vinyle. Ce sont les mangas qui ont calmé ma frustration. Enfin, les adaptations en manga. Le magazine de prépublication Bōken’ō (Bouken Oh) a été une part importante de ma vie.

– Il est vrai qu’à l’époque, la plupart des programmes TV étaient adaptés en manga.
SHINBŌ :
Spectreman et Lion-Maru (1972) n’avaient pas été diffusés, mais je les ai connus à travers les mangas de Daiji KAZUMINE. C’est une série de mangas que j’adore encore aujourd’hui. Les descriptions étaient parfois étonnamment grotesques, et c’est ce qui a dû rester dans ma mémoire. Notre génération avait une certaine attirance inexpliquée pour Spectreman et Lion-Maru (image de gauche).

– Dans cette série d’interviews, on demande aussi quelles œuvres les interviewés regardaient quand ils étaient enfants. Pouvez-vous nous donner quelques titres qui vous ont marqué ?
SHINBŌ :
J’adorais Bōken Shōnen Shadar (1967), qui était diffusé tous les matins. Je voulais que mes parents m’achètent la Lame étincelante en jouet, et ça m’est resté sur le cœur de ne pas l’avoir eu. Je le voulais plus que tout, bizarrement.

– Il est vrai qu’on se souvient surtout des jouets de l’époque.
SHINBŌ :
En effet. En autre animé de mon enfance, il y a aussi Judo Boy (1969) qui est resté très imprégné dans mes souvenirs. J’aimais aussi Tiger Mask (1969), et d’ailleurs, les visages des protagonistes de ces deux animés se ressemblent un peu. Je dois certainement apprécier les protagonistes qui ont ce genre de visage.

– Qu’est-ce que vous appréciiez dans ces animés ?
SHINBŌ :
Le fait qu’ils étaient classe, par-dessus tout. Un de mes amis avait des cartes de menko avec des dessins de Judo Boy dessus, et je me souviens que je les voulais tellement que j’avais longuement négocié avec lui. À l’époque, il était important qu’il y ait des dessins issus d’animés sur leurs produits dérivés. Contrairement aux dessins de manga, il n’y avait à l’époque pas de moyen de garder des images d’animé, et c’est pour ça qu’on considérait comme précieuses des choses telles que des cartes de menko.

– Je comprends tout à fait. C’est vrai qu’il n’y avait quasiment aucun produit avec des dessins reproduisant ceux des animés. Ceux qui paraissaient dans les magazines n’étaient pour la plupart que des illustrations ou des dessins manga d’un style différent.
SHINBŌ :
Je me disais « pourquoi c’est lui qui a des cartes Judo Boy et pas moi alors que j’aime tellement cette série ? ». Quand j’y songe, mon enfance est pleine de souvenirs de ce genre de frustrations (rires).

– En ce qui concerne leur histoire, qu’en pensiez-vous ?
SHINBŌ :
Je me rappelle très bien de l’épisode 8 de Meitantei Kageman (1975, « Les surhommes au service du mal »). Dans cet épisode, il se transforme en cyborg en se mettant un mécanisme dans les jambes, mais j’ai toujours trouvé bizarre qu’il redevienne normal lorsqu’il retire le mécanisme. On ne peut pas dire que ce soit un cyborg (rires).

– Je vois que vous pointez du doigt les défauts pour en faire des blagues (rires).
SHINBŌ : C’est pas grave, ça reste classe… enfin… (rires). Quoiqu’il en soit, Judo Boy (image de droite) est incroyable par le nombre de changement qu’il y a en un seul épisode. C’est tellement plein de contenu qu’on se demande comment l’histoire peut se terminer en seulement 30 minutes. J’ai déjà dit que j’aimais les dessins, mais j’apprécie aussi l’histoire.

– D’une façon ou d’une autre, les développements étaient effectivement assez audacieux.
SHINBŌ :
Sanshiro poursuit son adversaire, un homme borgne violent ayant tué son père, mais il croise le roi maléfique du désert en chemin, qu’il poursuit à son tour jusqu’à se retrouver à l’époque d’Alexandrie pour le battre, lui qui est borgne également. Mais quand on y pense, ce n’est pas celui qu’il cherche (rires). (Judo Boy épisode 10, « Le pharaon de Sandora »). Plus tard, il y a aussi le « tigre borgne » et le « soldat borgne » qui apparaissent, et je me disais tout le temps que ce n’était sûrement pas celui qu’il cherche (rires).

– C’est assez impressionnant, comment ils arrivent à faire passer la pilule.
SHINBŌ :
Ce qui est vraiment incroyable, c’est que dès qu’on se dit « quoi, encore un borgne ? », ils arrivent à la faire passer. C’est vraiment du génie, cette rapidité.

– Quand avez-vous commencé à vous dire que tel film est génial ? Ou bien, quand avez-vous commencer à penser à des choses en rapport avec votre travail ?
SHINBŌ :
J’ai commencé à voir les animés comme un produit de culture visuelle et à en être impressionné quand j’étais au lycée, je crois. Avec L’île au Trésor (1978) de M. Osamu DEZAKI, Albator, le corsaire de l’espace (1978) et le film Galaxy Express 999 (1979) de M. Rintarō, Conan, le fils du futur (1978) de M. Hayao MIYAZAKI, etc. C’est à cette époque que j’ai pris conscience que j’aimais l’animation. Avant ça, je ne savais pas vraiment. Au niveau du dessin, c’est M. Akio SUGINO que j’ai trouvé impressionnant. En ce qui concerne la mise en scène de M. Rintarō, j’ai beaucoup aimé Arrow Emblem Grand Prix no Taka (1977).

– Cette série où le décor devient tout blanc, d’une lumière perçante ?
SHINBŌ :
Oui, exactement ! Ça m’a fait un choc, de me dire que ce genre de chose pouvait passer. C’est sûrement à partir de ce moment-là que je me suis mis à trouver classe les mises en scène où la couleur est absente, avec du noir et blanc ainsi que des parties rouges, ou encore celles où le noir et le blanc tremblotent de manière frénétique.

– Qu’aimez-vous dans les œuvres de M. DEZAKI ?
SHINBŌ :
Dans le cas de M. DEZAKI, il n’y a pas que les dessins, mais aussi l’atmosphère poétique qui me plaît. À l’époque, j’ai vu tout ça d’un seul coup, et c’est peut-être bien là que je me suis laissé prendre.

– Parmi les œuvres de M. DEZAKI, lesquelles préférez-vous ? S’agit-il de celles des années 1970 – début 1980 ?
SHINBŌ :
Oui, c’est bien ça, celles de cette époque. Gamba no Bōken (1975) était impressionnant, mais le meilleur reste L’île au Trésor (image de gauche). Quand on arrive à l’époque d’Ashita no Joe 2 (1980), sa touche devient plus propre et ce n’est plus pour moi. Je préfère les touches plus vagues, le côté propre, ce n’est pas à mon goût.

– Pour conclure, avez-vous quelques mots à nous dire sur Fireworks ?
SHINBŌ :
Non, je pense déjà en avoir assez parlé. Il ne reste plus qu’à attendre qu’il soit fini.

– C’est un film très rafraîchissant.
SHINBŌ :
En effet. Je trouve que le thème de fin est également très bon, alors attendez-le avec impatience !

 


 

Source : Creators’ Selection Vol. 45, publié le 25 juillet [2017] sur le site de Bandai Channel.