Interview de Gen UROBUCHI à l’Épitanime 2013

5 juin, 2013 dans Articles

Dans le cadre de la venue d’UROBUCHI-Sensei à Épitanime, TYPE-MOON France, Studio-SHAFT.fr et Kawa Soft ont eu la chance de pouvoir l’interviewer. Durant un petit peu plus d’une heure, UROBUCHI-Sensei s’est prêté au jeu et a répondu à toutes nos questions, même les plus saugrenues. KOSAKA-San, président de Nitro+, était aussi présent lors de l’interview et nous avons pu lui poser quelques questions. Nous tenons à remercier Manu pour avoir officié en tant que traducteur durant l’interview et DarkSoul pour tout ce qu’il a fait pour nous durant cette Épitanime.

Nous avons organisé cette interview en quatre parties. Nous avons tout d’abord commencé par des questions d’ordre général sur UROBUCHI et Nitro+, pour ensuite aller vers le plus spécialisé et dans l’ordre chronologique des œuvres créent. De l’état des visual novel à l’heure actuelle jusqu’aux dernières révélations sur Madoka★Magica, vous êtes sûr de trouver ici votre bonheur !

©Madoka Quartet/Aniplex・Madoka Movie Project


L’interprète : Je vous en prie.

I) Les questions d’ordre général
II) Les questions visual novel
III) Les questions light novel et animes
IV) Les questions d’ordre final

I) Les questions d’ordre général

TYPE-MOON France (TMF) : En ce moment, vous semblez vous concentrer sur les scénarios d’anime. Est­-ce que, si l’occasion se présentait, vous pensez réécrire des visual novel ?
UROBUCHI (U) : J’ai vraiment eu de bons moments avec les VN, mais j’en suis actuellement un peu fatigué. Je prend beaucoup de plaisir avec l’animation. Mais je travaille avec des gens qui sont très motivés pour faire des VN, et je n’hésite pas à les soutenir.

TMF : Dans beaucoup de vos œuvres, beaucoup de personnages commettent des actes de cruauté ou de très grandes violences de manière totalement innocente car leur moral est différente de la nôtre. Est­-ce que c’est un thème qui vous inspire particulièrement ? La violence et la cruauté sont-ils pour vous ce qu’il y a de plus dérangeant ?
U : Ce sont pour des œuvres de fiction. Et, dans un cadre de fiction, des termes extrêmes sont nécessaires.

II) Les questions visual novel

TMF : On a aujourd’hui très peu de VN en occident. Est-­ce parce que les studios japonais aurait peur du piratage ?
K : Notre volonté est que nos produits soit les plus appréciés et les plus vus possible. C’est dans cette optique que nous cherchons à nous faire voir, par exemple comme aux USA, avec de nouvelles évolutions possibles là-­bas.
U : Je pense que c’est la charge de travail sur une oeuvre qui joue sur la régionalisation d’une œuvre dans certains pays. La masse de travail sur anime est tellement énorme lors de sa création, sa régionalisation sera donc un minimum. La masse de travail sera moindre pour un VN.

III) Les questions light novel et animes

Phantom: Requiem for the Phantom
Fate/Zero
Puella Magi Madoka Magica
PSYCHO-PASS

Phantom: Requiem for the Phantom

TMF : On va faire une petite question sur Phantom. Alors, UROBUCHI-sensei, pourquoi les trente dernières secondes de l’anime de Phantom ? [rires]

U : À la base, c’est une idée préconçue de M.KURODO. Pour lui, un assassin ne peut pas être sauvé. Ensuite, suivant le support, l’histoire ne peut être que différente. Dans un jeu vidéo, la fin résulte d’un choix. C’est une sorte de récompense par rapport aux choix. Dans un anime, on ne peut rien faire aux changements de destin, l’histoire dans son ensemble est un chemin prédéterminé. La différence de support fait la différence de fin. Dans un anime, comme c’est un anime, on peut se permettre d’avoir une mauvaise fin. Avec les principes que l’on s’était fixé, il ne pouvait y avoir qu’une mauvaise fin. C’est ce qu’on s’était dit. Dans le jeu il peut y avoir une bonne fin, alors que l’anime il ne peut y avoir qu’une mauvaise fin. C’était les deux préceptes de bases de la création.

Fate/Zero

TMF : On a maintenant des questions sur Fate/Zero. Vous venez nous dire qu’un assassin ne pouvait pas être sauvé. Pourtant, à la fin de cette histoire, on peut dire que Kiritsugu est sauvé parce que Shirō reprend son idéal. Du coup, vous sauvez un assassin. Est-­ce que vous le considérez comme un assassin ?
U : Je pense quand même que le personnage de Phantom est sauvé. Au tout dernier moment, son souhait est exaucé. Indirectement, on peut donc considérer qu’il est sauvé comme Kiritsugu : son âme est sauvée.

TMF : Dans Fate/Zero, Natalia est à moitié une succube. Mais, dans cet univers, n’importe quel mage peut récupérer du mana grâce au sperme. Du coup, quelle est la différence avec le pouvoir de Natalia dans ce cas précis ? Qu’est-­ce que ça lui apporte en plus ?
U : L’idée originelle était qu’elle absorbait le pouvoir d’une personne qu’elle arrivait à battre.
C’est la principale différence avec les autres personnages. Eux, ils reçoivent par le sperme cette puissance, tandis qu’elle c’est par sa propre force qu’elle peut avoir cette évolution. Ça pourrait être une des raisons pour lesquelles Kiritsugu n’a pas pu l’utiliser comme un de ses objets.

TMF : Une questions très rapide : où est­-ce que Natalia a-­t-­elle acheté ses cigarettes ?
U : C’est difficile de répondre : c’est en vérité une blague de la part d’UFOTABLE, qui aime bien intégrer ce paquet de cigarette de Kara no Kyōkai. [rires]

TMF : Du coup, je suppose que la présence de Cornelius sur l’île d’Alimago durant le flashback est une aussi une de leur blague ?
U : Oui, sans aucun doute. Dans le retour de script qu’on a eu, il y avait juste marqué qu’un mage allait apparaître, sans autres détails pour nous. J’ai eu la révélation lorsque j’ai reçu les épreuves.[rires]

TMF : Est-­ce que Waver, qui a juré fidélité à Alexandre, va rejoindre Ionioi Hetaroi après sa mort ? Ou est-­ce que ce sont seulement les personnes qui ont suivi Alexandre lorsqu’il était encore vivant qui peuvent le rejoindre ?
U : C’est une question importante à poser, par rapport à l’immortalité de Waver. Et comme ça n’a pas été directement dit dans l’histoire, je ne peux pas en parler. [rires]

TMF : Devenir un vampire nécessite normalement une centaine d’années et seul un individu sur 10 000 peut le faire. Mais Shirley y est arrivé en quelques minutes. Est­-ce qu’elle avait un pouvoir spécial latent qu’elle n’a pas pu éveiller parce qu’elle est morte avant ?
U : Ça vient de la potion que lui a donné le père Kiritsugu, qui a cette propriété spécifique. Mais comme elle est devenue folle, c’est un échec.

TMF : Est-­ce que Tokiomi savait ce que subissait Sakura après qu’elle a été adopté par les MATŌ ?
U : Ce qui est important pour Tokiomi n’est pas la filiation mais la progression magique dans sa famille. Donc il est conscient d’avoir jeté littéralement sa fille. On peut imaginer que Tokiomi se dit que, à travers sa fille chérie, il arrivera à avoir des pouvoirs thaumaturgiques supérieurs.

[Hors interview]
Tokiomi savait ce qu’allait subir Sakura mais pour lui, cela allait lui permettre de devenir une vraie mage. Tant que cela permet d’augmenter le potentiel thaumaturgique de sa famille, il n’avait aucun problème avec les traitements de Sakura chez les MATŌ. Cependant, s’il avait su le sort de Sakura, n’être qu’une matrice pour Zōken, il aurait refusé. Il s’imaginait aussi que si les choses allaient trop loin, Sakura pourrait d’elle-même stopper Zōken. Inconsciemment, même s’il ne l’aurait jamais dit, le combat entre Sakura et Rin à la fin d’Heaven’s Feel était pour lui la meilleure chose qui puisse arriver aux TŌSAKA.
Aoi par contre ne savait rien.
[/Hors interview]

TMF : Est­-ce que Gil a un Gate of Babylon dans son Gate of Babylon ? Est-­ce que ça fait une récurrence infini ?
U : Non, mais d’autres puissances peuvent peut-­être s’en dégager, parce qu’à la base, c’était une arme qui était freiné. Mais le mieux, ça serait de poser la question directement à Nasu.
TMF : Mais il n’est pas là…

TMF : D’où vous est venue l’idée de faire apparaitre Gilles de Rais en tant que Servant ?
U : Au début de Fate/stay night, il y avait un personnage en armure, féminin, blond, donc tout le monde, dont moi, s’est dit que c’était Jeanne d’Arc. Mais ce n’était pas le cas. Du coup, pour taquiner le lecteur, je me suis dit que j’allais aussi mettre un personnage blond avec une armure, et on penserait que c’est Jeanne d’Arc. C’est comme ça que Gilles de Rais est arrivé. Je suis sûr que les lecteurs feront la même bourde moi.

TMF : Une dernière question Fate/Zero avant de passer à autre chose. Comment Tokiomi aurait-­il réagi en apprenant sa relation avec Rin dans Unlimited Blade Works et Sakura dans Heaven’s Feel ? [rires]
U : Il n’est pas impossible qu’il aurait été vert de rage car cela pénaliserait sa quête de puissance magique.

[Hors interview] Comment Kiritsugu voyait-il Taiga ?
U : Kiritsugu ne la voyait que comme une petite sœur. Par contre, Taiga était complètement amoureuse de Kiritsugu
[/Hors Interview]

Puella Magi Madoka★Magica

Studio-SHAFT.fr (SSfr) : Bon, on va maintenant passer à des questions sur Puella Magi Madoka★Magica. On commence assez simplement : la manière dont a été accueilli Madoka★Magica de manière mondiale, bonne dans l’ensemble, qu’en pensez­-vous ?
U : C’est une surprise plus qu’agréable.

SSfr : Durant la création de l’anime, quelle a été votre relation avec le studio ?
U : Elles étaient excellentes. Pour la petite anecdote, au début, M. SHINBŌ ne faisait même aucune remarque sur mes scénarii, ce qui m’inquiétait un peu. Mais j’ai appris par la suite qu’il voulait en fait travailler avec un scénariste ayant très peu d’expérience de l’animation pour pouvoir avoir de nouveaux objectifs et points de vue, afin de faire évoluer l’animation dans une direction intéressante.

SSfr : On va entrer dans les questions un peu plus « troll ». On dit souvent que Madoka est une déconstruction de Magical Girl. Votre avis ?
U : [étonnement] Je ne pense pas avoir détruit quoi que ce soit. Si on regarde Precure, par exemple, ça marche toujours très très bien. Donc je ne pense pas avoir ne serait-­ce qu’éborgné l’image que pourrait avoir le Magical Girl.

SSfr : L’écrivain de SF Arthur C. Clarke (2001, l’Odyssée de l’espace) a dit que « Toute technologie suffisamment avancée est semblable à de la magie. » Qu’en est-­il de celle des Incubators ?
U : Je ne peux être que plus que d’accord avec cette phrase. C’est dans cette idée même que j’ai fait évoluer mes personnages.

SSfr : Dans l’épisode 10, on peut voir Homura stockant ses armes derrière son bouclier.
On peut supposer qu’elle fait cela grâce à une magie de manipulation spatiale. Est-­ce lié à son pouvoir de manipulation du temps ou pas ?
U : C’est a propos d’une protection derrière un bouclier simple ou un bouclier magique ?
TMF : Elle range des lance-­missiles dans un bouclier.
SSfr : Voilà, elle mets des armes dans un bouclier qui fait à peu près cette taille. [trace le cercle du bouclier autour de son avant-­bras]
U : Ah. Oui, les deux sont liés. Espace et temps.

SSfr : Combien de boucles temporelles a fait Homura ?
U : Ça n’a jamais été très bien fixé. Il y en a de base 4 qui ont été faite dans la série. Je pense qu’on peut émettre l’idée qu’il y en ait plusieurs qui ont été faite entre celles-­ci, réparties au hasard. Il y a toute une évolution, et le fait qu’il y en ait beaucoup permet aussi au visionneur d’imaginer des choses, il y a donc une certaine liberté dessus. Personnellement, je pense qu’il y en a à peu près 30. Mais vu que Homura n’aime pas trop apprendre, il n’est pas impossible qu’elle soit montée à 100. [stupéfaction de l’audience]

SSfr : Vous ne trouvez quand même pas que la mère de Madoka est une mauvaise mère ? [rires]
U : Oui, mais on n’y peut rien. Elle a une manière de penser qui est plus proche d’un père.
KS : En même temps, c’est le père qui fait les repas et s’occupe des enfants.
U : C’est vrai qu’on a un peu inversé les situations.

SSfr : Une petite dernière sur Madoka★Magica, pour le fun. Pourquoi Kyōko n’avoue pas son amour à Sayaka pour la faire redevenir humaine ?
U : C’est un problème de moment. Quand Kyōko se sentait prête à dévoiler ses sentiments, Sayaka n’était déjà plus dans un état où elle pouvait comprendre.

PSYCHO-PASS

KS : On va continuer avec des questions sur PSYCHO-PASS. [s’adressant à l’interprète] J’espère que tu as vu la série : il va y avoir du gros spoil.
L’interprète : Je sais qu’il va y avoir du spoil, j’ai lu les interview. [rires]
KS : À la fin de PSYCHO-PASS, on voit Kogami lire Du côté de chez Swann dans un bateau. On se demande pourquoi spécialement du Proust. Peut-­on alors supposer qu’il est en fuite en France ?
U : En fait, Kogami a fui à l’étranger mais en passant par plusieurs pays. Il est donc possible qu’il soit passé en France, mais on ne peut pas affirmer qu’il y soit en ce moment. Il a pu juste y passer et être ailleurs ou il peut y être vraiment.

KS : Est-­ce que PSYCHO-PASS est votre interprétation d’un monde qui vire à la 1984 ?
U : On peut dire qu’une bonne moitié de l’anime fait partie de cette oeuvre d’Orwell. La base du monde qu’il a créé a été réutilisé et enrichi ensuite, particulièrement sur la perte du libre choix et du libre arbitre. La question que je me suis posé à la base était : “Et si j’étais né dans un monde où le libre arbitre n’était pas possible et où les sentiments étaient éliminés par la suite, est­-ce que je n’aurais pas pensé être dans un monde heureux ?”

IV) Les questions d’ordre final

KS : Bon, on va passer aux dernières questions. Studio-­SHAFT, tu poses la tienne ?
SSfr : OK. Alors… Si vous n’aviez pas pu devenir écrivain, quel métier auriez-­vous fait ?
U : Programmeur. C’est le métier avec lequel je suis entré dans la société. En tant que programmeur de code source, j’ai l’impression d’utiliser les mêmes parties de mon cerveau que pour écrire. Mais je me suis dit par la suite que, au rythme où avance la technologie, je n’allais jamais pouvoir rester à jour. Bon, bah je vais être scénariste.
Tous : Très bon choix.
U : Tous les programmeurs que je connais en bave maintenant, donc je suis content.

TMF : Bon, ben la dernière question de l’interview. Si Gilgamesh était sérieux quand il combattait Saber, qui gagnerait ?
U : Le problème est qu’un Gilgamesh sérieux, ça n’existe pas. Mais, si jamais ça arrivait et qu’il combattait Saber, aucun ne gagnerait. C’est Nasu qui l’a dit.
KS : Ah !
Tous : [rires]
TMF : On peut rien dire.
KS : On s’incline.

Tous : Merci pour cette interview.

 

Traduction d’Emmanuel « Manu » Bochew pour le JSICMF et ÉPITANIME.
Encore une fois, merci à eux et à UROBUCHI-Sensei et M. KOSAKA.


 

©Nitroplus/TYPE-MOON・ufotable・FZPC

Nous avons aussi eu la chance de poser des questions aux invités durant les conférences. Les réponses à celles-ci ont été retranscrites par le Journal du Japon et nous vous invitons à les consulter.

Par ailleurs, nous avons volontairement posé ces questions et non d’autres étant donné que certaines étaient déjà connues, soit par le biais de précédentes interviews ou via les conférences de cette Épitanime.