Kizumonogatari II & III au Grand Rex

27 janvier, 2017 dans Articles, France

Bien que nous ayons assisté à la projection de la deuxième partie Sang bouillonnant, nous n’avons pu rédiger de compte-rendu de l’événement du 26 août 2016. Une des raisons étant, entre autres, que Sang bouillonnant ne peut s’apprécier pleinement sans avoir vu sa suite directe. La projection de la troisième et dernière partie de la trilogie Kizumonogatari est donc l’occasion de corriger le tir : de son véritable titre Sang cœur (on y reviendra plus tard), l’ultime film concluant l’adaptation du livre de NisiOisiN a été projeté le samedi 21 janvier 2017 au Grand Rex, soit seulement deux semaines après la sortie en salle japonaise et presque un an jour pour jour avec la projection de la première partie Sang d’acier.

Telle la projection de Sang d’acier, celles de Kizumonogatari II & III ont été organisées par Wakanim avec le partenariat du festival Paris Loves Anime, notamment responsable de la partie communication des projections au Grand Rex. Cette séparation a par ailleurs engendré un petit soucis sur le titre du dernier film : annoncé sous le titre « Sang cœur » lors de la bande-annonce diffusée à la fin du second film, le troisième film se voit annoncé début janvier 2017 sous le titre « Sang glacial ». Cette situation s’explique par l’équipe chargée de la communication qui, ne faisant pas partie de Wakanim (chargé de la traduction et de la distribution en ligne), n’était pas au courant et a donc travaillé avec l’ancien titre. Cette erreur se limite à la promotion de la séance au Grand Rex, qui, rappelons-le, était effectuée sous partenariat de Paris Loves Anime. Le film et sa prochaine distribution sur la plateforme Wakanim conserve eux le titre Sang cœur qui lui sied si bien.
Les deux séances ont pour particularité d’avoir un nombre de billets vendus très semblables, dépassant les 800 places par film. Pourtant, là où Sang bouillonnant se distingue par sa projection directement au Grand Large (une des plus grande salle de cinéma de France), celle de Sang cœur revient à la configuration du premier film avec deux plus petites salles de cinéma réservées à la projection. Là où le premier film disposait de deux salles séparées car le nombre de réservation pour obtenir le Grand Large n’excédait pas le seuil minimum deux semaines avant la projection, le troisième film n’a pu y être projeté car il était déjà réservé pour d’autres événements. Le planning de cette salle de prestige est tel qu’il aurait fallu attendre mars 2017 pour prétendre à son obtention.

Nonobstant ces petits tracas, les projections des deux parties se sont plutôt bien déroulées. Il n’y a eu aucun soucis lors des projections. Avant entrée en salle, de petits stands tenus par l’équipe de Wakanim proposaient à l’achat les livrets des différents films (celui du troisième étant même arrivé quelques jours avant la projection), goodies et cartes d’achat des films sur le site de l’éditeur.
La séance de Sang bouillonnant était regroupée avec celle du film Accel World sous une « soirée anime » au Grand Rex. Le film Accel World étant diffusé en premier (avec naturellement sortie du public après sa fin), la salle s’est avérée être étonnamment « bouillonnante » lors de la projection du moyen-métrage de SHAFT. Étonnamment, puisque le public se trouvait tout de même dans une des plus grande salle de cinéma de France avec ses 280 m2. L’été a donc fait des ravages.
Fort heureusement, la projection de Sang cœur / Sang glacial n’a eu aucune incidence sur l’état d’esprit des personnes présentes ou la température des salles.

Par ailleurs, la traduction des dialogues et des cartons informatifs par Stéphane Lapie (le même traducteur pour les trois films) est de bonne facture. Aucune faute majeure n’était à déplorer dans les sous-titres, aucun reproche de ce côté-là ; et même une certaine admiration pour le titre « Sang cœur », très bien trouvée au vu du scénario.

Les deux films en eux-mêmes sont dans la lignée de Sang d’acier : une animation vive et souvent impressionnante, à la hauteur d’une œuvre spécifiquement travaillée pour une diffusion au cinéma, prouvant la compétence des meilleurs animateurs du studio et des VIP externes pour les scènes d’action et le langage corporel.
De fascinant décors à base d’infrastructures industrielles et d’architectures modernes, effectués grâce à une utilisation intensive de 3DCG (et de post-traitement numérique importante des couleurs des personnages), illustrant la direction artistique audacieuse avec un environnement à la fois inhumain et irréel afin de baigner le spectateur dans la psyché de son personnage principal, devenu lui-même inhumain et empêtré dans cette histoire anormale et irréelle.
Une réalisation signée Tatsuya OISHI, pleine d’extravagance de mise en scène et de tiques rappelant les films de la nouvelle vague française, jusqu’à lorgner légèrement vers la grande époque des films romantiques américains des années 50 et 60. On pourra certes regretter que sa patte ne soit pas si frappante que dans le premier film, puisque l’histoire doit se dérouler et qu’il n’y a moins d’extravagance de mise en scène pour « combler », mais c’est oublier que Sang d’acier possède la scène la plus stupéfiante de ces dernières années toutes productions confondues : celle de la rencontre la plus audacieuse, la plus communicative, la plus intense et la plus viscérale entre une victime aux abois et son sauveur hésitant. La mise en scène d’OISHI reste tout de même éblouissante, proche des films d’auteurs des périodes citées, avec ses habituelles utilisations régulières de cartons informatifs, d’animations au visuel old school, de photos et d’animations live surréalistes rappelant dans une version plus légère les exubérances visuelles de Bakemonogatari (du même réalisateur), d’audacieux et loufoques « parallèles » entre les situations (comiques, graveleuses, sérieuses et violentes, allant jusqu’à l’hyperviolence) montrées à l’écran avec les paroles et bruitages audio.

Une OST par Satoru KŌSAKI à la mesure de la mise en scène atypique de la trilogie, alternant avec efficacité les moments intimes, de confusion, de légèreté, d’action stupéfiante, de « cassage narratif » et d’absurdité humoristique typique de la série des Monogatari. À noter tout de même une utilisation assez légère d’un leitmotiv avec la chanson Étoile et toi, interprétée en français par la chanteuse Clémentine (compositrice-interprète française vedette notamment connue en Occident pour ses reprises en VF des thèmes de Ghibli et Space Battleship Yamato). Hormis son utilisation dans les films, Étoile et toi est présente dans les génériques de fin mais uniquement en version orchestrale dans Sang d’acier, en partie chanté dans Sang bouillonnant, et intégralement chanté dans Sang cœur.
L’histoire est par contre un des plus gros points faibles de la trilogie. Bien qu’adapter un light novel avec un peu moins de 3 heures est généralement une bonne chose, Kizumonogatari souffre de quelques faiblesses scénaristiques. La séparation distincte entre la première et la deuxième partie joue en faveur de Sang d’acier, puisque la fin de l’introduction est nette et le premier moyen-métrage se suffit à lui-même. Mais la deuxième et troisième partie ont davantage de liant entre elles, il devient donc moins naturel de les séparer distinctement. Non seulement le deuxième film ne s’apprécie que davantage qu’en le liant avec le troisième, mais les interrogations du second ne trouvent pas véritablement leurs réponses dans la dernière partie (notamment sur Tsubasa Hanekawa). Qui plus est, le scénario plutôt faiblard n’a finalement qu’assez peu de contenu avec parfois du mal à les exploiter, rendant le tout curieusement simple et expéditif.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’outre l’énorme production value et sa formidable réalisation, la trilogie Kizumonogatari reste un Monogatari Series. Il est assurément le plus abouti techniquement et artistiquement, mais il est probablement aussi le plus honnête et le plus assumé de tous : un mélange d’éléments paranormaux, d’histoires dramatiques, de situations over the top, de personnages attachants, d’humour potache et de surcouche de fanservice outrancière.